n’est pas un membre du personnel académique mais un étudiant attardé, Marty Rimm. Démonstration probante, mais inutile. Le débat public sur le sexe dans le cyberespace est lancé, et il ne s’arrêtera plus.

Les détracteurs de Marty Rimm avancent leur propre calcul. La pornographie sur l’Internet circule essentiellement dans les groupes de discussion. Cette partie du réseau, baptisée Usenet, représente dix pourcent du trafic global. Il y a plusieurs dizaines de milliers de groupes thématiques sur Usenet, de l’observation des comètes à la chasse à courre, et trois pour cent de ces groupes seulement auraient un caractère pornographique. Trois pour cent de dix pour cent, cela fait donc moins d’un demi pour cent de matériel à risque, et non plus de quatre-vingt ! Qui a raison ? Il y a autant de mauvaise foi dans l’évaluation minimaliste que d’approximation hasardeuse dans les calculs de Marty Rimm.

Une façon d’en avoir le cœur net est de se poster à l’une des fenêtres ouvertes sur les sites de recherche du réseau.   On y voit défiler à la queue leu leu les requêtes adressées par les internautes à différents répertoires du Web. Un fascinant coup d’œil en coulisses : psykologi arbeidskontoret yrkeveiledning… Don Henley lyrics… motorcycle nudes… Formmelsammlung… australian federal police… nitro girls+nude… yucca mountain…  Quelques minutes d’observation font prendre conscience de l’immense variété des interrogations, mais aussi de l’ omniprésence de la libido. John Vilkaitis, un quinquagénaire célibataire du Connecticut, passe ses jours et ses nuits à analyser l’activité de ces moteurs de recherche. « Imaginez un champ d’un kilomètre carré, lisse comme un lac un jour sans vent. Sur ce champ, les questions relatives au sexe constituent un tas de sable de quelques centimètres de haut. Le reste du champ n’a qu’une épaisseur de quelques grains de sable. Ce n’est qu’en regardant transversalement cet immense champ plat que le sexe semble être une bosse un peu plus haute. »   Autrement dit : Marty Rimm et ses détracteurs ont à la fois raison et tort. Le sexe occupe une place prioritaire dans les préoccupations des internautes, mais la variété de leurs centres d’intérêt