est telle que les questions sexuelles ne représentent pas, en chiffre absolu, un pourcentage très important.

« Le grand avantage de l’Internet est le fait que le surfeur reste incognito. C’est pour cela que tout ce qui se trouve dans le domaine du tabou dans la vie quotidienne a tellement de succès » m’explique le patron du site belge le plus fréquenté. Les mots les plus utilisés par les visiteurs de son portail d’accès au réseau sont porno, sexe et homo… Récemment leur suprématie a été contestée dans de nombreux moteurs de recherche par un nouveau venu : mp3. Ces trois caractères désignent un format d’enregistrement particulièrement compact permettant la diffusion de musique sur le Web - comprenez, nonante-neuf fois sur cent, le piratage. Quand l’internaute moyen ne soulage pas sa libido, il escroque les firmes de disque… Vu sous cet angle statistique, la mise en ordre du réseau s’apparente à une tentative désespérée d’amélioration de la race.

Ce qui nous ramène à l’inévitable conflit de l’être et de la machine, de la puce et de la libido. S’il tarde à éclater, c’est à cause de la persistance d’une ambiguïté fondamentale sur le statut du monde virtuel. Le cyberespace est perçu aujourd’hui comme un refuge, un lieu d’expression libre, à l’abri des normes, dépourvu d’enjeux de performance, où les seules lois à respecter sont celles que dicte le principe de plaisir : l’antithèse du monde réel. Il n’est pas étonnant que les adolescents s’y évadent par troupeaux entiers. Ou que plus de 98% des employés avouent utiliser leur connexion Internet au bureau à des fins non-professionnelles. Mais cette distinction réel/virtuel est bâtie sur du sable. Le cyberespace, né dans l’imagination de l’auteur de science-fiction William Gibson, est de moins en moins une contrée de romancier ! L’Internet se confond désormais avec le monde réel. On y tient boutique, on y converse, on y étudie, aussi sûrement qu’on le ferait sur la terre ferme. L’homme a entamé sa migration vers ce nouveau monde, avec armes et bagages, mais il peine à admettre qu’il ne s’agit pas d’un rêve éveillé, et il tarde à en soupeser les conséquences.