Il n’y a guère que deux issues possibles à la fusion des deux mondes. Dans le premier scénario, le réel colonise le virtuel. C’est le film qui se déroule en ce moment sous nos yeux. Les lois de l’ordre public et du marché envahissent le cyberespace à l’identique, avec cet avantage supplémentaire qu’elles peuvent, grâce à la technologie, s’y appliquer avec plus de précision et d’efficacité que dans le monde imparfait qui constitue leur habitat d’origine. Un monde de compétition, vertical, masculin. L’autre scénario reconnaît la spécificité de l’univers virtuel et saisit l’occasion de reconstruire la société sur une page blanche. Le caractère horizontal, égalitaire, imprévisible, féminin du réseau déteint sur le monde réel. La collaboration l’emporte sur la compétition. Face à face, on aura reconnu l’utopie de McLuhan et la dystopie du Prisonnier, Woodstock et Alcatraz, les pôles opposés sur lesquels un souci didactique nous a poussé à charpenter le raisonnement. Il va de soi que le débat concret ne se situe pas autour de ces extrêmes caricaturaux, mais à l’intérieur d’un continuum que le degré et le sens de la transparence peuvent efficacement orthogonaliser. A Alcatraz, la transparence est absolue et à sens unique. A Woodstock, elle est relative et réciproque. Ne pourrait-on imaginer aussi une société où la transparence serait à la fois absolue et réciproque ? C’est la piste originale proposée par l’astrophysicien californien David Brin. « Par exemple », écrit Brin, « si une firme souhaite rassembler des données sur des consommateurs américains, laissons la faire, mais à condition que les cent principaux dirigeants et cadres de l’entreprise publient exactement les mêmes informations à propos d’eux-mêmes et des membres de leur famille sur un site Web accessible. » David Brin postule que la liberté est mieux protégée par la lumière que par l’ombre. Il rejoint le célèbre aphorisme du juge Louis Brandeis, qui s’inquiétait de l’opacité des décisions politiques alors qu’il siégeait à la Cour Suprême des Etats-Unis : « Le soleil est le meilleur désinfectant. » Mais le juge Brandeis est aussi entré dans l’histoire des télécommunications pour avoir été le premier à attirer l’attention, dans les