« Aussi grands que puissent être nos regrets,
cela montre que la nature humaine est la nature humaine », commentaire
d’un évêque américain apprenant que le taux de SIDA chez les prêtres est
quatre fois supérieur à la moyenne nationale.
La société de l’information arrive à maturité dans un contexte philosophique imbibé de post-modernisme. Dieu est mort, le désenchantement règne. Toute vérité est relative, soumise à un contexte, à une interprétation. Débarrassé du lourd manteau de la métaphysique, l’homme déambule en grelottant dans un décor de machines.
Et voilà qu’au
terme d’un siècle dépressif, la communication se propose comme nouvelle
utopie. CNN, projet d’une information omniprésente et instantanée, réhabilite
Hegel et son Esprit Absolu. Dieu revit. Il est frappant de constater, par
exemple, à quel point le discours sur l’émergence du commerce électronique
est affaire de croyance et non de science. Les données comptables initiales
incitent à la prudence ? Peu importe. Les entrepreneurs n’ont pas besoin
de chiffres : ils ont la foi. L’ « exubérance irrationnelle »
des actionnaires américains, fameusement dénoncée par le patron de la réserve
fédérale américaine Alan Greenspan, ne s’explique pas par la mathématique
financière. Elle se comprend mieux si on se réfère aux émois de Sainte-Thérèse
de Lisieux – accessoirement combinés aux effets euphorisants du Prozac,
d’après une théorie séduisante d’un psychiatre américain.
« L’Internet
est la force la plus puissante sur la planète depuis le Christ ! » s’exclame
un analyste financier sur les ondes de la BBC.
Vraiment ? Il est tentant de
chercher à relativiser le phénomène. L’engouement pour le réseau répète
des enthousiasmes passés qui font aujourd’hui sourire. « Tous les